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Entretien accordé au quotidien
algérien "Akher Saa"
Le peuple ne croit plus aux élections
1-Vous vous reposez sur lappartenance
de certains généraux à larmée francaise pour
justifier leurs appartenance à un clan mafieux, comment
vous expliquez-vous cela ?
Je nai jamais expliqué lexistence
du clan maffieux qui gouverne lAlgérie par lappartenance
de ses hommes à larmée française durant la
guerre de libération nationale. Si cétait le cas,
les généraux Smaïn Lamari et Mohamed Mediène dit
Tewfik ne pourraient être inclus dans ce clan.
Seulement, jai fait un constat, et je ne suis pas
le seul à le faire, cest que la majorité des
décideurs qui constituent ce clan maffieux sont des
anciens sous-officiers de larmée coloniale. Cest
indéniable et eux mêmes le reconnaissent.
Cette
appartenance à larmée coloniale a été lun
des facteurs essentiels de la solidarité qui lie les
membres du clan. Dautres facteurs interviennent,
entre autres, la communauté des intérêts.
Jai bien précisé dans mon livre quon
ne peut soupçonner tous ceux qui ont déserté larmée
française pour rallier lArmée de Libération
Nationale dêtre de faux déserteurs ou des hommes
qui ont été envoyés pour infiltrer les rangs de la
révolution. Pour illustrer mes propos, jai cité
le commandant Bensalem et le général Belhouchet qui
était à lépoque caporal. Je ne me suis même pas
permis de douter de la bonne foi des militaires français
qui ont rejoint lALN et jai cité laspirant
Maillot. Donc, il est inutile de faire lamalgame.
Ce sont ceux qui ont bénéficié de la
promotion Lacoste et qui ont commencé à rallier les
rangs de lALN entre 1958 et 1962 en rejoignant les
bases du FLN en Tunisie et au Maroc qui sont soupçonnés
davoir infiltrer lALN pour le compte des
français. Le général Khaled Nezzar reconnaît dans ses
mémoires avoir bénéficié de la promotion Lacoste
puisque dune école de formation de sous officiers
il sort avec le grade daspirant en 1957. En moins dune
année il passe sous-lieutenant à quelques semaines de
sa supposée désertion.
La désertion de certains
officiers de larmée française qui sont aujourdhui
à la tête du pouvoir réel, tenu par le cabinet noir,
est plus que douteuse. La réunion de Garn El Halfaya en
mai 1958 témoigne des intentions de ces gens lorsque
Abdelmalek Guenaïzia et Larbi Belkheir, alors quils
navaient pas tiré une seule balle, demandait
quelle serait leur rôle dans larmée une fois lindépendance
acquise. Certains officiers de lALN qui ont
participé à cette réunion sont encore en vie et
peuvent en témoigner.
Dois-je préciser que ce clan maffieux nest
pas né durant la guerre de libération et il nest
pas le produit des services secrets français. Ce sont
les circonstances qui ont fait que ces hommes se sont
trouvés liés par le même destin. Le général De Gaule
sentant lindépendance algérienne inéluctable
cherchait à se débarrasser des 20.000 soldats
algériens que comptait son armée. Tout en se
débarrassant deux il pouvait espérer voir
certains dentre eux au sein du commandement
militaire algérien. Ce qui ne peut que servir les
intérêts français une fois lAlgérie
indépendante. Cest ce qui explique ces fulgurantes
promotions dont ont bénéficié ces militaires.
Le
ralliement des algériens de larmée française sest
poursuivi même après lindépendance. Je cite à
titre dexemple le colonel Djebaïli qui a rejoint lANP
en 1968. Soit cinq ans après lindépendance.
Sachez que sur 20.000 algériens qui étaient dans larmée
française, il ny avait pas parmi eux un seul homme
de troupe (djoundi) ou un seul sergent ou un adjudant.
Ils étaient tous des officiers. Et dire que pour être
officier dans larmée française, il faut être
bachelier. Ce qui nétait pas le cas de ces
algériens.
Comment expliquez-vous la purge qui a touché
les généraux et des colonels issus de lALN dès
la fin des années quatre-vingts? Des officiers aux
compétences confirmées et certains dentre eux
sont des universitaires. Même des colonels de la
nouvelle génération ont été mis à la retraite alors
quils sont porteurs de diplômes universitaires.
Ils ont laissé place à des généraux analphabètes ou
dont le niveau dinstruction est primaire.
2-Vous écrivez dans la mafia des
généraux que « il mest interdit de rentrer dans
mon pays » peut on savoir qui vous linterdit et
pourquoi ?
Qui voulez-vous qui soit en dehors de ces
maffieux qui minterdisent lentrée dans mon
pays? Nest-ce pas une interdiction dentrée
dans mon pays quand on refuse de me délivrer un
passeport, car je refuse de voyager avec un document
étranger en tant que réfugié politique, alors que mon
père a milité pour lindépendance de lAlgérie
depuis les années quarante et a écopé de six mois de
prison pour sa participation aux manifestations du 8 mai
1945. Ma famille compte en son sein des martyrs et des
moudjahidine et je vais me permettre de voyager avec un
document étranger?
Comment voulez-vous quils me
permettent de rentrer dans mon pays alors quils
interdisent de vente mon livre. Si je rentre en Algérie
cest pour poursuivre la lutte contre cette mafia et
non pas pour me croiser les bras et les voir faire.
Sachez quavant de mexiler je me suis vu
condamner à trois peines de prison pour délit de
presse, tous les journaux que jai crées ont été
suspendus ou saisis et je fus poursuivi pour atteinte aux
intérêts supérieurs du pays, trouble à lordre
public et à la sécurité publique. Des accusations non
fondées, puisque le dossier était archi vide comme la
constaté le juge dinstruction du tribunal dAlger
à qui des instructions lui ont été données pour me
placer sous mandat de dépôt. Jai saisi le
président de la république Abdelaziz Bouteflika pour quon
me délivre un passeport et rentrer en Algérie faire
face à ces généraux maffieux devant les tribunaux
algériens. Il na donné aucune suite à ma
demande. Je profite de loccasion pour renouveler
mon appel à ces maffieux détenteurs du pouvoir réel
pour quil me donnent un passeport et je rentre les
défier devant les tribunaux algériens. Jai
confiance en la justice algérienne car elle compte en
son sein des femmes et des hommes intègres. Les preuves
de mes accusations contre ces maffieux sont vécues au
quotidien par le peuple algérien.
3-La médaille du mérite militaire ne sattribue
quaprès 30ans de service , comment vous lavez
obtenu après 17ans de service ?
Qui vous a dit ça? Où avez-vous été
chercher cette information? La médaille militaire est
décernée au bout de 15 ans de service avec un chevron.
Et après 25 ans avec deux chevrons. Il ny a pas de
médaille à trente ans. Après vingt cinq ans on peut
prendre sa retraite. Vous êtes mal informé sur les
statuts de larmée. Celle qui est en ma possession,
je ne lai pas volée. Même lorsque jai
refusé daller la chercher, puisque à lépoque
javais demandé ma radiation et jai refusé
toute affectation, on me la ramenée chez moi. Cest
ladjudant Mouma qui me la ramené. Allez lui
demander confirmation. En quoi seriez-vous dérangé par
une médaille qui me revient de droit pour me poser cette
question alors quon peut débattre de sujets plus
intéressants. Vous auriez pu minterroger sur lassassinat
de Boudiaf ou la désignation de Bouteflika à la
présidence de la république ou les conditions dans
lesquelles sest fait chasser Chadli du pouvoir,
puisque jen parle dans mon livre.
4- A 46 ans vous êtes toujours capitaine,
selon vous pourquoi vous navez pas été promu ?
Vous oubliez que jai quitté larmée
depuis 12 ans? Comment voulez-vous que je sois promu à
46 ans? Jai cessé toute activité en octobre 1990
en présentant ma première demande de radiation. Le
mercredi 13 octobre 1992 à lissue du quatrième
entretien en un mois avec le général Tewfik jai
obtenu ma radiation. Sur mon insistance, le général
Tewfik avait téléphoné en ma présence au directeur
des ressources humaines lui intimant lordre de me
préparer mes papiers et me considérer comme radié sur
ma demande des effectifs de lANP à compter du 16
octobre 1992. Dailleurs, lorsque le général
Tewfik mavait fait observer quon était le 13 du
mois et quil nétait pas possible à ladministration
de faire si vite, je lui ai répondu « téléphonez à
El Hadj, il va sexécuter quand cest vous qui
donnez lordre ». Et cest ce qui sétait
passé. Où avez-vous vu un officier qui quitte larmée
depuis douze ans bénéficier dune promotion? Même
pour me convaincre de poursuivre ma carrière, le
général Tewfik a tenté de jouer sur la promotion en me
rappelant que je ferai mieux dattendre ma
promotions au grade de commandant qui était proche, je
lui ai répondu que même sil moffrait une
promotion exceptionnelle de colonel je ne resterais pas.
Je vous tiens ces propos sachant pertinemment que le
général Tewfik lira cet entretien et je linvite
à apporter un démenti sil y a la moindre
exagération de ma part. A certains officiers supérieurs
qui lui demandaient comment mat-il permis de
quitter larmée, il leur a répondu « jai
tout fait avec lui, mais il est carré. Il est obstiné
». Les officiers qui mont rapporté ces propos
sont encore en vie. Et puis capitaine ou colonel quest
ce que ça aurait changé pour moi, puisque je nai
jamais mis en avant mon grade même lorsque jétais
militaire.
Quand je fus promis au grade de capitaine, je
nai même pas pris la peine de changer ma carte didentité
militaire, jai gardé celle de lieutenant. Je ne lexhibais
pas à chaque tournant. Vous pouvez confirmer cette
information auprès de la Direction du Personnel et de la
Justice Militaire (DPJM) du ministère de la défense sil
ma été délivré une carte didentité
militaire en tant que capitaine. Je nétais pas
malade du grade. Je suis un enfant du peuple. Alors que jétais
officier dans larmée et malgré les fonctions que
jai occupées depuis mon jeune âge (rédacteur en
chef de la revue El Djeïch à lâge de 24 ans), jai
continué à prendre le bus et le train de banlieue, à
aller siroter un café à Bab El Oued avec les enfants du
quartier, à aller au stade et je trouvais plus de
plaisir à rédiger un compte rendu dun match de
football pour le journal El Hadef que je signe sous un
pseudonyme, que daller macoquiner avec des
officiers qui se croyaient au-dessus des autres.
5-Vous accusez KHELILI et SIFAOUI dappartenir
au DRS , sur quoi vous vous basez ?
Concernant Khelili, sa dernière sortie
médiatique sapparente à celle de Sifaoui ce qui ma
amené à conclure quil faisait une offre de
service. Or, de nombreux témoins qui ont lu mon
commentaire sur le site Internet que janime mont
écrit pour mexpliquer les raisons de sa colère
contre ses anciens compagnons. Et jai rectifié en
publiant les témoignages qui me sont parvenus. Quant à
Sifaoui, je nai jamais dit quil appartenait
au DRS. Bien au contraire, Alors que tout le monde voit
en lui un agent des services, et lui même voulait donner
de lui cette image, jai témoigné que cet individu
na jamais signé un dossier dagent (moukhbir)
malgré toutes ses tentatives de se faire recruter. En
publiant son livre pour dénoncer celui de Souaïdia et
en témoignant en faveur de Nezzar il fait des offres de
services. Mais comme il appartient à cette catégorie de
gens très entreprenants il ne sera jamais pris comme
agent. Je vous invite à bien lire larticle que je
lui ai consacré sur mon site.
6-Quelle est votre relation avec la
résistance palestinienne ?
Comme tout algérien la relation avec la
cause palestinienne ma été inculquée depuis le
jeune âge. Lorsque dans le cadre de la mission qui ma
été assignée en rejoignant les services de sécurité
jai eu à gérer le dossier palestinien, cétait
pour moi beaucoup plus une action militante quun
travail dun officiers de renseignements.
Ma
relation avec la résistance palestinienne était
passionnelle au point où je me considérais parfois plus
palestinien que les palestiniens. Il mest arrivé
de maccrocher avec des palestiniens que je jugeais
se servir de cette noble cause. Tout comme je métais
investi totalement dans la lutte sur le plan du
renseignement puisquà lépoque nous avions
même programmé des actions contre le MOSSAD dans le
cadre de la coopération avec les services palestiniens
de sécurité.
Pour la première fois dans lhistoire
des services de renseignements algériens une cellule
avait été montée et javais veillé sur lenvoi
de douze officiers et un sous officiers en formation pour
apprendre lhébreu. De ces actions jen
parlerai dans un de mes prochains livre. Et cest
pour cette raison que je nen dirai pas plus. Quant
à ma relation actuelle avec la résistance
palestinienne, je continue à suivre les douloureux
évènements que vivent les palestiniens de lintérieur
et je contribue autant que je peux par des dons au profit
des populations palestiniennes à travers des
associations caritatives.
Sinon, je nai aucune
relation particulière avec la résistance palestinienne
pour que vous me posiez cette question. Les problèmes de
lAlgérie sont plus graves que ceux de la
Palestine. Il en meurt en Algérie chaque jour plus quen
Palestine ou ailleurs dans le monde. Et ce, dans lindifférence
totale.
7-Quelle est votre relation avec le MAOL
?
Je nai aucune relation avec ce
mouvement pour la simple raison que ce mouvement est
dirigé par des gens qui agissent dans lanonymat. Dautre
part, je ne peux adhérer à un mouvement qui regroupe
des militaires alors que jai quitté larmée
depuis douze ans en toute liberté. Je ne suis pas un
déserteur. Je nai pas été renvoyé ou dégradé.
Bien que je respecte ceux qui ont préféré sacrifier
leur carrière que de continuer à obéir à une
hiérarchie commandée par un cercle de généraux
maffieux.
Tout comme je salue ceux qui continuent à
résister au sein de cette armée pour donner delle
limage dune armée populaire puisque la
majorité de sa composante est issue des milieux
défavorisés. Cest à dire des milieux populaires.
Cependant, je refuse que le changement tant attendu par
notre peuple vienne de larmée. Notre peuple ne
peut saccommoder dun putsch militaire qui ne
fera que retarder lavènement de la démocratie. Le
changement doit venir de la société civile et des
partis politiques qui doivent mettre en échec toutes les
manipulations du pouvoir maffieux qui tendent à retarder
ce changement.
Lexemple vient, aujourdhui, de
ce mouvement de citoyens en Kabylie. Il suffit dune
mobilisation populaire à travers toute lAlgérie,
pareille à celle qui se passe en Kabylie et le régime
ne tiendra pas plus dune semaine. A ce moment là,
larmée quon sortira des casernes pour tirer
sur le peuple retournera ses armes contre ses chefs. Cest
le plus beau scénario qui puisse arriver à lAlgérie.
8-Quels sont vos projets ?
Un livre qui paraîtra dans le courant du
premier trimestre de lannée prochaine et qui
apportera des révélations sur la main mise des services
de renseignements, instrument du cercle maffieux pour
asservir le pays par la manipulation, la délation, linfiltration,
lintimidation et la répression. Il y aura des
révélations hallucinantes. Le deuxième livre est
programmé pour la fin de lannée prochaine. *
9-Comment vous voyez les prochaines
élections ?
Elles seront comme toutes les précédentes.
La fraude les marquera une fois de plus. Ce qui est tout
à fait logique dans un pays où une dictature maffieuse
simpose en usant de tous les moyens et de toute sa
force à un peuple qui la vomit.
Toute participation à
ces parodies électorales ne fait que légitimer un
pouvoir en manque de légitimité. Le peuple algérien ne
croit plus en ces élections. Le taux dabstention
aux dernières législatives est édifiant à plus dun
titre. Même ceux qui se rendent aux bureaux de vote, il
faut reconnaître quils le font par crainte de
représailles. Certains quotidiens se sont bien faits lécho,
dernièrement, des actions dintimidation contre les
citoyens qui nont pas voté aux législatives.
Pourquoi participer à des élections organisées par un
pouvoir qui na aucun respect pour le peuple au
point où il nhésite pas à tirer sur de simples
manifestants comme des pigeons et à emprisonner tout
contestataire sous des chefs daccusations les plus
invraisemblables. A quoi riment des élections qui ne
mènent pas à lalternance? Les décideurs sont
toujours là. Ils sont inamovibles depuis plus de douze
ans. Personne ne peut leur demander des comptes bien quils
ont failli dans tout ce quils prétendent
entreprendre. Cest la chaos partout. Il ny a
que Bouteflika et ses généraux qui lont parrainé
qui pensent le contraire.
Propos recueillis par B.A
(Texte original de l'interview parue dans le
quotidien arabophone Akher Saa le 06 octobre 2002)
* Ce livre n'est pas encore sorti pour la simple raison qu'un des témoins principaux qui tenait à témoigner à visage découvert m'a demandé de temporiser. Je respecte sa volonté. Mais, tôt ou tard, ce livre paraîtra.
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