Les mots sont amers,
Comme une épée,
Ils blessent là où ils passent.
La flatterie, elle, facile et reposante
Abuse mais empoisonne.
Un mot, c'est une dette qui n'engage
Que celui qui est libre
Ahmed Fouad Negm
 
  Agissons pour l'instauration de la démocratie en Algérie Agissons pour l'instauration de la démocratie en Algérie  

 

 

Ce livre est le cauchemar de ceux qui ont abusé de l'Algérie et de son peuple

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

 

 

 

Elevé sur les valeurs de" la Redjla"

 

Enfant de Bab El Oued, un quartier populaire d’Alger, je suis issu d’une famille originaire de la ville d’Oum El Bouaghi, située dans le massif des Aurès, à cinq cents kilomètres environ à l’est d’Alger. Nous sommes des Berbères Chaouias, bien sûr,  dont la réputation n’est plus à faire depuis longtemps. Si leurs principales qualités sont la bravoure, l’honnêteté et la loyauté, ils sont aussi têtus et fiers, ce qui, dans le monde d’aujourd’hui, est souvent considéré comme des défauts rédhibitoires.

 

Des études primaires suivies à l’école de la rue Léon Roche à Bab-El-Oued et au petit séminaire dans le quartier de Notre Dame d’Afrique sur les hauteurs de Bologhine, je garde une foule de souvenirs où s’entremêlent les jeux de la toupie et des billes à ceux du ballon rond en caoutchouc sur les terrains vagues. Je garde, aussi, les images de mes maîtres d’écoles français et algériens, MM. Lanneau et Clavier, Saïd et Derradji à l’école de la rue Léon Roche. Et ceux de Père Jeannie, directeur de l’école du petit séminaire, de M. Rivoire maître de français et M. Garibaldi, un nom italien mais porté par un algérien qui nous enseignait l’arabe.

 


Photo de classe alors que j'étais en cours d'initiation
à l'école de la rue Léon Roche de Bab-El-Oued
Je suis en 2ème position à partir de la gauche de la 2ème rangée assis

 


Je garde, aussi, de magnifiques souvenirs de celui dont on n’a jamais connu le nom parce que sa fonction lui collait à la peau. On l’appelait père économe parce que c’était lui qui tenait l’économat. C’est lui qui nous a appris les premières chansons françaises. « Tout va très bien Madame la Marquise », « Gens de la ville qui ne dormaient guère », « Le chat de notre portière » etc. Des chansons qu’on fredonnait avec joie et accompagnait avec des flûtes qu’il fabriquait lui-même.

 

Des lycée Okba et Et-Thaalibya , je garde dans un coin de ma mémoire, les moments joyeux des interminables parties de football jouées sur les terrains vagues des escaliers menant du lycée Emir Abdelkader au mausolée de Sidi Abderrahmane et de ceux de la sablette d’Hussein-Dey. La chorale « Ezzahra El-Moutriba » sous la conduite de notre professeur de musique de l’époque, Yahia Guinoune m’a permis de découvrir et d’apprécier la musique andalouse. Elle m’a également permis de faire quelques passages à la télé dans le cadre des émissions enfantines « Inter-Lycées » et « « Le Paradis des enfants » (djannatou al-Atfal). Ceci pour ce qui est de l’extra scolaire.

 

Mais sur le plan purement scolaire, de ces deux lycées, je garde le souvenir de professeurs sérieux et stricts comme Madame Mellin, mon prof de français au lycée Okba en 6ème et M. El-Bechri, notre professeur d’anglais qui mélangeait avec douceur le dialecte égyptien à l’algérien mêlé eu français et à l’anglais. Quel cocktail ! Cela nous faisait marrer en reprenant certaines de ses formules magique telle celle qui nous collait des punitions à longueur d’années pour mieux apprendre l’anglais. Grâce à lui et à sa sévérité, je peux dire que j’ai eu de bonnes bases dans la langue de Shakespeare.

 

Je n’oublie pas mes professeurs d’arabe les Irakiens auxquels nous faisons pitié parce que nous prétendions malicieusement ne rien connaître de la langue arabe par la faute du colonialisme français. Cela nous permettait de souffler pendant les heures d’arabe et de bénéficier d’une certaine indulgence de la part des profs.

 


En classe de 1ère au lycée Et-Thaalibya d'Hussein-Dey
Je suis 5ème à partir de la gauche de la 2ème rangée.

 

Pour cause de déménagement j’ai fait mes deux derniers trimestres de la terminale au lycée Larbi Tebessi à Skikda où j’ai obtenu mon baccalauréat lettres en juin 1974. Dans cette ville, qui a fini par devenir la ville adoptive de mes parents, j’ai connu plein de gens aussi sympathiques que sincères.

 

Sportif, j’ai touché à plusieurs disciplines, dont le Football à l’ex OMSE (en minimes), le handball au MC Alger (en cadets), le basket-ball au CJS (en juniors), la lutte gréco-romaine à l’AS Mairie d’Alger (en minimes) et la natation à la piscine des Groupes Laïques à la place du 1er mai à Alger.

 

Je n’ai pu faire une saison entière dans chacune de ces disciplines à cause de mon défunt père qui ne tolérait pas mes retours tardifs à la maison quand j’ai entraînement. Pour lui, cela risquait de me détourner de mes études. La seule discipline que j’ai pu pratiquer pour une assez longue durée est le handball qui m’a permis d’obtenir une sélection universitaire nationale en jouant contre une équipe de l’ex-Allemagne de l’est. Cette discipline m’a, aussi, permis d’étoffer mon palmarès sportif par deux titres nationaux. Champion d’Algérie militaire et vainqueur de la coupe d’Algérie militaire avec l’équipe de l’Ecole d’Officiers de réserves de Blida pour la saison 1978/79.

 

Le sport a toujours été mon passe temps favori et regarder le Mouloudia Club d’Alger jouer est pour moi un moment de plaisir sans égal. A ce jour, je continue de suivre les prestations du doyen des clubs algériens de football et je continue de vibrer pour ses couleurs. C’est un peu cette passion pour le Mouloudia qui a fait que je suis resté toujours l’enfant du peuple qui n’a jamais été grisé par les fonctions occupées. Je préférais de loin siroter dans un café maure de Bab-El-Oued un noss-noss (moitié café, moitié lait, la boisson la plus prisée à Alger) que de m’acoquiner avec des arrivistes qui snobent les gens par des fonctions auxquelles ils s’attachent le plus souvent au prix de ce qu’il leur restait comme dignité.

 


Avec l'équipe de handball de l'EFOR
Je suis accroupis en survêtemnt rouge

 

 

Cette passion du sport a fait que quel que soit le statut que j’avais dans l’administration militaire, j’ai toujours privilégié le journalisme sportif au détriment de toutes les autres occupations. Officier militaire, je ne pouvais me retenir de collaborer gratuitement dans le seul hebdomadaire sportif de l’époque « El-Hadef » en signant mes articles sous le pseudonyme de S. Amine.

 

Je ne me contentais pas de signer des chroniques seulement, mais, je réalisais, également des reportages, interviews et enquêtes journalistiques en plus des couvertures de matchs les week-ends. Pour beaucoup d’autres, aller interviewer un jeune footballeur ou recueillir les impressions d’après match d’un entraîneur de football est dégradant pour un officier qui occupait des fonctions assez importantes. Mais, pour moi c’était tout à fait naturel que d’évoluer dans ce milieu sportif et populaire.

 

C’est ce qui a facilité ma décision de quitter l’armée, le jour où j’avais constaté que cette institution n’était plus au service du peuple.

 

Je n’avais aucun privilège à préserver ni d’intérêts personnels à défendre. Je m’estime heureux de n’avoir jamais demandé ni obtenu un logement ou un terrain à bâtir ni acquis un fond de commerce pour faire du bizness.

 

Dieu merci, je n’ai jamais attaché la moindre importance à tout ce qui est matériel et j’ai toujours vécu avec un esprit libre et indépendant loin des tentations de tous genres. C’est ce qui m’a permis de préserver mon intégrité morale et mon honnêteté intellectuelle. Et c’est ainsi que je me permets de faire face à n’importe quel pourri qui oserait lever les yeux devant moi. Pour rester fidèles aux valeurs de la Redjla qu'on m'a inculquées alors que j'étais encore adolescents. Redjla, en Algérois signifie être Homme avec un grand H.

 

 

Extraits d’un portrait publié dans le nouvel observateur n°1910 du 14 juin 2001 sous la plume de Yassir Benmiloud*

 

Mes fonctions dans l'armée m'ont permis de connaître les hommes, mais c'est en tant que journaliste que j'ai compris le système. » A 46 ans, Hichem Aboud tient avant tout à être considéré comme un « observateur attentif de la scène politique algérienne ». A ceci près que son point de vue, l'homme le porte depuis l'intérieur même d'un système qu'il a arpenté jusqu'en son cœur. Lorsqu'on a été chargé du dossier Moyen-Orient au sein de la Division de la Sécurité extérieure (DSE), lorsqu'on a été sous-directeur de l'analyse à la Division Évaluation et Analyse (DEA), « colonne vertébrale » des services secrets algériens, et pour finir chef de cabinet du patron de la Sécurité militaire à l'instant-clé de la manipulation des premières élections pluralistes, on est fatalement un peu plus qu'un « observateur attentif de la scène politique algérienne ».

Mais il est vrai, aussi, que dès sa radiation volontaire de l'armée en octobre 1992, soit quatre mois après l'assassinat du président Boudiaf, Hichem Aboud, journaliste de formation et pigiste sous pseudo dans la presse sportive, lance aussitôt son propre journal. Il passe brutalement de l'exégèse footballistique au scoop politique de première main, annonçant quelques nominations sensibles et autant de sournois limogeages sur fond de lutte des clans. « El Acil » (« l'Authentique ») ne fêtera pas son premier anniversaire, tout comme le « Libre », lancé en 1994 pour être suspendu huit mois plus tard. Les gardes à vue, contrôles judiciaires, procès et autres pressions auront raison de l'aventure.

Après une ultime comparution devant les tribunaux pour « atteinte aux intérêts supérieurs du pays, troubles à la sécurité et à l'ordre public », l'ex-officier et patron de presse, craignant une nouvelle arrestation, s'exile en France en février 1997.

1979, réunion des directeurs et rédacteurs en chef de la presse algérienne avec le président de la république, Chadli Bendjedi. A 24 ans, rédacteur en chef de l'édition française du magazine El-Djeïch,
j'étais le benjamin de l'assisatance.

 

Hichem Aboud est né à Bab el-Oued, d'un père fonctionnaire de la Compagnie nationale d'Electricité, ancien moudjahid et ancien militant du Parti communiste algérien à Oum el-Bouaghi, sa ville natale des Aurès. Le milieu est modeste, la famille nombreuse et heureuse (...) Après un bac lettres et une première année à Sciences-Po dans la filière journalisme - sa passion -, les sollicitations d'une Armée nationale populaire soucieuse de former les élites de demain lui apparaissent séduisantes à plus d'un titre (...)

A sa sortie de l'Institut des Sciences politiques et de l'Information en juin 1978, il effectue neuf mois d'instruction militaire à l'École de Formation des Officiers de Réserve (l'EFOR), avant d'être affecté au service presse du commissariat politique. A 24 ans, le jeune lieutenant se voit propulsé rédacteur en chef de l'édition française du journal de l'armée, le mensuel « El Djeich ». Mais très vite sa liberté de ton lui vaut ses premiers rappels à l'ordre. Régulièrement convoqué pour s'expliquer sur le contenu des articles, sommé de soumettre son sommaire au secrétariat général du ministère de la Défense nationale, catalogué comme « gauchiste » et « forte tête », le lieutenant commence à se sentir « à l'étroit ».

Lorsqu'en 1986 le journal passe sous la tutelle directe de l'état-major, Hichem Aboud dépose sa première demande de radiation de l'armée. Refusée. On lui propose en revanche de rejoindre le cabinet du général Lakhal Ayat, patron de la direction centrale de la Sécurité militaire, où il pourra mettre à profit ses talents de journaliste en rédigeant des synthèses sur le Moyen-Orient : « Pour moi, c'était un travail intellectuellement stimulant, d'autant que par ailleurs j'étais journaliste sportif dans la presse algérienne, sous le pseudonyme de S. Amine. L'un dans l'autre, je me disais avoir tiré mon épingle du jeu. »

Surviennent les émeutes d'octobre 1988. Hichem Aboud, alors en charge du dossier Moyen-Orient au sein de la division de la sécurité extérieure, se retrouve à siéger au sein de la cellule de crise et voit l'ampleur de la manipulation politique, le laisser-faire, les provocations. Le général Lakhal Ayat est remplacé à la tête des services par le général Mohamed Betchine. (...) propose à Hichem le poste de chef de cabinet. Ce dernier renâcle, le cœur n'y est plus. Il voit bien que la présidence de la République a clairement adopté une politique du pire, ignore les rapports et autres synthèses des services, joue la carte du pourrissement. « C'est un ordre ! », conclut le grand patron. Hichem Aboud s'exécute et prend possession de son bureau. Mais, au sommet du pouvoir, la guerre des clans fait rage et le général Betchine va bientôt en faire les frais. L'homme, ne comprenant rien à la nouvelle donne, est poussé à la démission en octobre 1990. Hichem Aboud dépose à son tour sa demande de radiation et la maintient, malgré quatre sollicitations appuyées du général « Tewfik », le tout-puissant successeur de Betchine. Il ne l'obtiendra que deux ans plus tard.

A Paris, après un premier refus et dix-huit mois de patience, l'Ofpra lui accorde l'asile politique. Il passe aussi par la case DST où on le soumet au debriefing de rigueur. « Ils cherchaient plus à savoir où j'habitais qu'autre chose. Je peux toujours constituer une monnaie d'échange... Mais ils en savent bien plus que moi sur la situation algérienne. Nos services ont toujours parfaitement coopéré ! »
Aujourd'hui employé et responsable syndical dans une grande société de télécommunication, Hichem Aboud apporte la touche finale à un ouvrage sur la « mafia des généraux ». Un titre qui n'a rien d'une métaphore, comme en témoignent ces premières révélations.


Y. B. (*) Écrivain algérien et ancien chroniqueur du journal « El Watan »

 

Y. B

 

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