Les mots sont amers,
Comme une épée,
Ils blessent là où ils passent.
La flatterie, elle, facile et reposante
Abuse mais empoisonne.
Un mot, c'est une dette qui n'engage
Que celui qui est libre Ahmed Fouad Negm
Ce livre est le cauchemar de ceux qui ont abusé de l'Algérie et de son peuple
Kamel Abderrahmaneest lui aussi de ces sous-traitants qui usent et abusent du pouvoir en toute impunité. Il officie aujourd'hui à la tête de la 2ème Région militaire (l'Oranie).
Originaire de Sour El Ghozlane, dans le Titteri, il s'est distingué lors des évènements d'octobre 1988 en sautant sur un char, l'empêchant d'exploser dans le quartier résidentiel d'El Biar. Par cet acte « héroïque », il venait de sauver la villa du général Saïd Bouhadja d'une destruction certaine.
Le général lui sera reconnaissant en allant le voir à l'hôpital militaire de Aïn Naadja pour l'embrasser sur le front et lui promettre qu'il ferait tout son possible afin qu'il reçoive les meilleurs soins. Il faut dire qu'en sautant sur le char pour s'emparer du cocktail Molotov, Kamel Abderrahmane s'était grièvement blessé au visage et aux mains. Commandant à l'époque, il n'avait pas hésité à mettre sa vie en péril pour prouver sa fidélité à ses chefs. Une fidélité qui, disons le, n'est pas toujours constante. Tout dépend de la position du chef sur l'échiquier de la hiérarchie.
Ancien des SAS, il fait partie de la force locale mise en place pour veiller au respect des accords de cessez-le-feu signés le 19 mars 1962. Au lendemain de l'indépendance, il s'engage dans l'armée au grade de sergent. Il servira comme sous-officier à l'académie de Cherchell pendant dix années. Sous-lieutenant en 1975, il effectue un stage dans la reconnaissance dans une école militaire soviétique.
A l'issue de ce stage, il sera affecté à Tindouf où il fait la connaissance de Mohammed Betchine qui était au secteur opérationnel du sud de Tindouf (SOST). Porté sur la bouteille et les femmes, il fait bon ménage avec Betchine qui l'emmène avec lui à Ouargla où il vient d’être nommé chef de la 4ème Région militaire.
Le même Betchine serait derrière sa nomination comme chef d'unité durant le siège d'octobre 1988, et celle de chef d'infanterie à la direction des armes de combats (DAC).
Betchine renvoyé chez lui, Kamel Abderrahmane se tourne vers le général Tewfik, le puissant patron du DRS. Cette alliance lui ouvre les portes d'une nouvelle promotion : il sera Directeur central de la sécurité de l'armée. Un poste mythique dont il n'aurait jamais osé rêver. Il ne pouvait espérer mieux. L'homme est grisé par cette fulgurante ascension. A lui, les missions à l'étranger, les femmes et l'alcool. Un de ses proches collaborateurs, de l'époque, excédé par son comportement, me disait : « c'est honteux. Toutes les putes d'Alger se vantent de connaître le patron de la sécurité dans son intimité tant le bonhomme se laisse aller avec la première venue. Sa villa de fonction au club des Pins est un véritable bordel ».
Par cette conduite indigne d’un responsable de haut rang, il donne de lui l'image de l'arriviste qui a du mal à réaliser ce qui vient de lui arriver. Ancien berger, analphabète et inculte, il se retrouve aujourd'hui au grade de général major au moment où des dizaines d'officiers de niveau universitaire sont mis d'office à la retraite pour laisser le champ libre aux médiocres.
Chapitre V
La Mafia des Généraux
Les Editions J.C Lattès (fevrier 2002)