
Mes écrits parlent pour moi
Je n’ai pas attendu mon arrivée en France pour me mettre dans la peau d’un opposant. J’ai commencé à dénoncer le pouvoir corrompu alors que j’étais encore en Algérie. La mise en ligne de quelques uns de mes écrits publiés en Algérie suffit pour asséner un coup dur sur le bec des faux opposants et des commerçants du sang et des larmes.
Avant de publier en exil « La Mafia des Généraux », j’avais croisé le fer avec ces mêmes généraux en Algérie même. Mon insistance à demander ma radiation des rangs de l’armée était en soi un défi pour les généraux et à leur tête le général Tewfik qui avait multiplié les offres pour me retenir. Il avait fini par comprendre qu’il avait en face de lui un homme à principes.
Je n’ai, donc, pas quitter l’armée parce que j’étais en poste à l’étranger et on décidé de me rapatrier. On ne m’a pas renvoyé de l’armée pour avoir commis des abus ou pour avoir fait de la prison pour vol.
Journaliste de formation et par vocation, une fois libéré de mes obligations militaires, j’ai fondé le premier quotidien indépendant régional de l’est algérien : El-Acil. Pour la création de ce journal, je n’ai pas demandé l’aide des pouvoirs publics ni d’un bailleur de fonds. Ceux qui, par jalousie voulaient faire croire que ce journal a été créé en association avec le général Betchine (c’est Mohamed Bebchicou qui est à l’origine de cette rumeur) je leur demande d’apporter leur preuve.
Qui oserait poursuivre en justice le journal du général Betchine ?
De mon côté, je mets en ligne la copie de la demande d’enregistrement de la marque qui est en mon nom personnel et le récépissé de dépôt de demande d’autorisation de publication délivré par le tribunal de Constantine en mon nom personnel.
Le ton adopté par ce quotidien qui a dépassé toutes les prévisions d’audience (passé de 10.000 exemplaires /jour à 40.000 dans une région arabophone) a fait que la mafia s’est liguée pour me déposséder de mon bien. Pour ne pas m’affronter directement le général Betchine avait lâché un entrepreneur, le nommé Mohamed Réda Benboualia qui avait mis une fortune pour récupérer les salariés d’El-Acil en leur proposant le double du salaire que je leur payais.
Benboualia sera d’abord récompensé par Betchine en lui évitant de purger une peine de deux mois de prison ferme à laquelle je l’avais fait condamner devant le tribunal de Sétif pour diffamation (voir copie du jugement). Et par la suite, il l’avait envoyé croupir derrière les barreaux de la prison d’El-Coudiat de Constantine durant plus de 3 années. Il l’avait envoyé en taule à cause d’El-Acil.
Il est à rappeler, qu’avant que je ne sois dépossédé du quotidien El-Acil, je n’avais pas perçu un seul centime de l’ANEP, l’agence gouvernementale qui a le monopole de la publicité des entreprises publiques. El Acil était frappé d’embargo comme le sera plus tard le Libre, le deuxième quotidien que j’avais fondé en janvier 1994.
El Acil n’avait pas droit à la moindre petite annonce de l’ANEP. A l’époque Mohamed Raouraoua, PDG de cette agence étatique, m’avait invité dans son bureau pour la signature d’un contrat. Dès qu’il avait su que je n’avais aucun général derrière moi et que je n’avais pas de casserole au pied, il s’était ravisé.
Une fois passé sous la coupe du général Betchine, El Acil battait tous les records en matière de recettes publicitaires émanant de l’ANEP. Par la même occasion la pluie de plaintes et de poursuites judiciaires qui était le lot de ce journal de décembre 1992 à novembre 1993 a subitement cessé. Et comment ! Qui oserait poursuivre le journal du général Betchine en justice ? Quand ce journal était abonné aux tribunaux des différentes régions du pays, il avait pour patron Hichem ABOUD. Il n’avait aucune protection. Et c’est normal. Car, El Acil version ABOUD Hichem publiait des brûlots qu’aucun autre journal n’osait faire paraître. Voici quelques exemples.

QUI EST RESPONSABLE ?
Une fois de plus une enceinte militaire - et par là l'ANP- est la cible des groupes terroristes. L'opération menée contre la caserne de Boughzoul ne fut permise que grâce à la complicité d éléments militaires. C'est un peu le scénario de la base navale d'Alger et de la caserne de Reghata qui se répète. Ce sont des militaires qui viennent donner la mort à leurs compagnons, aidés en cela par des hommes aveuglés par la folie meurtrière.
Autant notre armée était forte, autant elle se trouve affaiblie et meurtrie aujourd'hui. Autant, hier on entrait en caserne avec respect religieux, autant l'on y pénètre aujourd'hui pour souiller ce symbole de notre souveraineté. Qu'est devenu ce respect qu'on vouait hier à l'uniforme vert? Qu'est devenue cette armée qu'on craignait et respectait à la fois? A qui la faute si aujourd'hui, de jeunes égarés échafaudent des plans des plus machiavéliques pour s'attaquer à ce symbole? A qui la faute si aujourd'hui, celui qui porte l'uniforme ne pense plus servir l'Algérie et pense dresser le canon de son fusil contre les propres fils de l'Algérie?
Ceux qui ont vidé l'armée de ses fidèles serviteurs et éloigné toutes les compétences des rangs de l'ANP auront sur la conscience le massacre de Bougzoul, de Reghaïa et de la base navale d'Alger. Ils sont les premiers complices dans tout ce qui arrive à notre armée et à l'Algérie. Nous l'avons déjà écrit et nous ne cesserons de le répéter, que le régime Chadli et certains de ses hommes qui sont toujours dans les arcanes du pouvoir comme l'a soulignée, dans son rapport d'enquête sur la mort de Boudiaf, la commission Bouchaïb, n'ont lésiné sur aucun moyen pour affaiblir et détruire l'institution militaire.
Aujourd'hui, plus que jamais, il est impérieux de neutraliser ceux qui ont assassiné Boudiaf par une main militaire, ceux qui ont miné notre armée et démobilisé ses fidèles serviteurs. Il est impératif de se dresser tel un seul homme contre ce pouvoir occulte qui continue à protéger Chadli et ses sbires et lui assurer une inexplicable impunité.
De jeunes appelés ont été ravis à la fleur de l'âge en plein mois de Rahma et de piété. Leur sang a coulé pour payer le tribut de la bêtise d'un régime gui a mis l'Algérie à genoux. Leur sacrifice ne doit pas être vain. Ceux qui sont à l'origine de ces affrontements et de cette grave situation que traverse l'Algérie doivent payer.
HichemABOUD
El-Acil du 20/03/1993

Assainir l'armée
L'attaque de la caserne de Bougzoul (sur la route de Ksar El-Boukhari dans la wilaya de Médéa) la semaine passée, ne cesse de susciter des interrogations dans l'opinion publique.
N'étant pas la première du genre, cette opération qui fait suite à celle de Guemmar, de la base navale d'Alger, de Reghaïa et de l'unité de la gendarmerie nationale à Sétif, nous amène à nous interroger sur ces complicités qui ont facilité la tâche aux terroristes pour commettre de véritables massacres dans les enceintes militaires.
Comment se fait-il que cette institution considérée jusqu'à une date très récente comme la plus solide, la plus disciplinée et la mieux organisée de toutes les institutions du pays se trouve si perméable pour receler en son sein de véritables réseaux terroristes?
Le nombre d'officiers, de sous- officiers et de djounoud qui ont 'comparu ou en instance de comparaître devant les juridictions militaires, révèle l'ampleur de ce fléau qui a gangrené l'armée. Pourtant, dans cette armée existe un service de sécurité dont la mission première est la prévention contre toute infiltration d'éléments subversifs. Dans chaque unité militaire, un officier de la direction de la sécurité de l'armée veille au grain sur le respect des mesures de sécurité, sur les anomalies ou les carences susceptibles de provoquer des incidents de sécurité et de veiller surtout sur le personnel militaire qui doit être irréprochable au plan disciplinaire.
Par conséquent, il est exclu qu'un militaire puisse s'adonner à une quelconque activité politique, ou du moins, afficher des positions politiques ou avoir des fréquentations peu recommandables. Il est aussi de notoriété publique que .tout engagement dans les rangs de l'armée, obéit à des règles bien définies et toute nouvelle recrue est soumise à une enquête sur ses antécédents.
Ces règles sont observées comme dans toutes les armées du monde pour préserver l'institution de toute infiltration douteuse. Même les appelés du contingent n'échappent pas aux règles sécuritaires et leur méconnaissance du milieu militaire font que généralement ce sont eux qui redoutent le plus les services de sécurité de l'armée. Aussi, cette crainte que suscite en nous tout le prestige de l'armée et l'efficacité de ses services de sécurité étaient suffisants pour dissuader tout élément qui songerait un tant soit peu à s'écarter de la voie tracée par la discipline militaire.
Ainsi, Boumârafi et tous les complices des terroristes ne peuvent échafauder leurs plans diaboliques s'il n'y avait pas en l'air un sentiment de relâchement. Boumârafi bien qu'il soit un cas exceptionnel, dans la mesure où son acte ne peut être isolé, n'aurait tout de même pas osé croire ses commanditaires et se faire convaincre pour accomplir; sa sale besogne. Les sous-officiers de la base navale d'Alger n'auraient jamais songé égorger leurs camarades au lit. Et le sous-officier de Bougzoul n'aurait jamais eu le courage de faire entrer dans la caserne deux personnes étrangères dont un fils d'un ancien harki.
Ces militaires indignes de l'uniforme qu'ils portent ont souillé le symbole de notre souveraineté. Cette souillure doit interpeller les responsables de l'institution militaire pour assainir l'ANP de ceux qui sont à l'origine de la démobilisation, du relâchement disciplinaire et de l'affaiblissement de cette armée qui doit être plus que jamais le bouclier sur lequel se briseront toutes les menées déstabilisatrices dirigées contre l'Algérie.
Hichem ABOUD
El ACll Jeudi 1 Avril 1993

Il est enfin rendu public ce fameux rapport de la commission d'enquête sur l'assassinat du président Boudiaf. Tant attendu par l'opinion publique, ce rapport de l'avis de nom-breux observateurs n'a rien apporté de nouveau.
Bien au contraire, il alaissé planer le doute sur l'existence de commanditaires si l'on vient à comparer ses termes avec ceux des résultats préliminaires du 25 Juillet où l'on relevait le rejet catégorique est sans ambages de la thèse de l'acte isolé. Non seulement ce rapport n'a pas permis à la vérité, en aucune manière, d'avancer du fait que ses démarches se sont avérées vaines. Pis encore,1'on veut nous amener à faire le malheureux constat suivant: Un Etat avec toutes ses institutions, toutes ses structures, ses services de sécurité et une commission d'enquête spéciale finissent presque par s'avouer vaincus devant un tout petit.... sous-lieutenant.
Et que l'on ne vienne pas nous sortir l'histoire de l'assassinat de J.F.Kennedy. Car, un membre d'une commission d'enquête qui se refuse de jeter l'opprobe sur quelque personne que ce soit ne peut se permettre de lancer en public: "le peuple pense que les commanditaires sont au pouvoir et il a raison"; Ce sont les propos tenus par M.Bouchaib Vendredi à Annaba. C'est dire que dans son for intérieur, le président de la commission d'enquête a une profonde conviction que quelque part dans les rouages du pouvoir" les véritables assassins de Boudiaf sont bel et bien là .
Reste cependant, à définir la vraie signification du terme"pouvoir". Qu'entend-on par pouvoir? Le H.C.E ?le gouvernement ? ou les services de sécurité ?Ou s'agirait-il d'un quelconque pouvoir occulte ? La clarification s'impose d'elle- même. Néanmoins ,la thèse de l'existence de ces commanditaires dans les arcanes du pouvoir ( quel qu'il Soit) suffit ,à elle seule, à expliquer dans une certaine mesure l'incapacité de la commission d'enquête d'apporter des révélations dignes d'intérêt. C'est qui explique, également, l'étrange mutisme de Boumarafi.
S'agissant de ce dernier ,1'on a du mal à comprendre son obstination à garder le silence sur les instigateurs du crime. A-t-il reçu des garanties ? Si c'est le cas , elles ne peuvent émaner que de personnes de très haut niveau. Faudrait-il à ses commanditaires, de garder contact avec lui pour éviter tout fléchissement.Ce qui suppose qu'ils ont la possibilité de poursuivre leur travail de conditionnement de l'exécutant même dans sa cellule. Dans le cas où l'on exclue la thèse des garanties l'on ne peut conclure qu'à l'acte isolé.
Une thèse difficile à retenir si l'on vient à se pencher sur les défaillances des services de sécurité relevées dans le rapport d'enquête. Dans ce dernier , il est mentionné que : " l'intégration du sous -lieutenant Boumaarafi Lembarek dans le groupe d'intervention spécial , en mission à Annaba a été décidé à la dernière minute puisqu'il est porteur d'un ordre de mission individuel et qu'il n'était pas porté sur la liste établie le matin et dont la copie était déjà transmise au DRS .Sa désignation par le commandant Hammou l'a été con tre le gré du lieutenant Torki qui se plaignait de son indiscipline et de son mauvais caractère."
Qui a décidé de l'intégration en dernière minute d'un élément indiscipliné dans un dispositif de sécurité chargé d'une mission de très haute importance ? Qui a permis à cet élément rejeté par son chef direct pour son mauvais comportement de faire partie d'une unité (le GIS) qui "agissait pour la première fois en tant qu'unité de protection rapprochée du président sans coordination avec le service de sécurité présidentielle "? Comment se fait-il que toutes ces interrogations et tant d'autres sur les défaillances des services de sécurité n'ont pas trouvé la moindre réponse dans le rapport de la commission d'enquête ? Pourquoi les membres de ladite commission ne se sont -ils pas interrogés sur ces étranges coïncidences : désignation du GIS pour la première fois en tant qu'unité de protection, intégration en dernière minute de l'assassin, absence de coordination entre le GIS et la sécurité présidentielle, ignorance des responsables de la protection rapprochée de la présence des éléments du GIS derrière le rideau ,et l'incompréhensible désertion des trois agents directement concernés par la protection physique du président. La conjugaison de tous ces facteurs ont fait que Boumaarafi a eu le libre champ pour exécuter sa sale besogne.On aurait aimé lire dans le rapport de la commission les observations de ses membres sur ces coincidences.
La réponse à toutes ces interrogation aurait évité le doute qui est venu s'installer dans les esprits et mettre mal en point un pouvoir déjà suffisamment fragilisé par l'actuelle situation préoccupante que vit le pays
Hichem ABOUD
El-Acil du 14 décembre 1992
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