La France coupable de recel

Lettre à

Monsieur Noël Mamère

Député-Maire de Bègles

Monsieur,

J’ai suivi avec une grande attention vos récentes interventions au sujet de la brutale apparition sur la scène médiatico-économique française du gérant de la blanchisserie des généraux algériens. Comme des millions de mes compatriotes j’ai beaucoup apprécié vos prises de position et vos déclarations publiques . C‘est en toute sincérité que je vous exprime mes vifs remerciements pour avoir exprimé une position qui fait honneur à la France et à son peuple.

Permettez-moi, Monsieur le Député-Maire, de profiter de cette occasion pour vous demander de bien vouloir interroger le représentant du gouvernement français, au prochain débat de l’assemblée nationale, sur la passivité des autorités françaises devant les violations des lois de la République par la chaîne de télévision Khalifa qui s’est permise d’émettre ses émissions à partir du territoire français sans autorisation du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce dernier n’a réagi en menaçant d’une amende qu’après la publication par le quotidien "Le Parisien" d’un dossier sur le groupe Khalifa.

Pensez-vous, Monsieur le député Maire, qu’il est à la portée de n’importe quel étranger de se permettre d’émettre des émissions radiophoniques ou télévisées à partir du territoire français sans autorisation? Savez-vous que le Conseil supérieur de l’audiovisuel n’avait, jusqu’au lancement de la chaîne, comme document dans le dossier Khalifa-TV, qu’une coupure de presse d’un quotidien régional français qui reprend une information parue dans un quotidien algérien inféodé au pouvoir des généraux?

La France si soucieuse du respect des lois républicaines serait-elle gouvernée comme sa voisine de la rive sud de la méditerranée par un cabinet noir de connivence avec son homologue algérien? Y aurait-il en France un pouvoir occulte qui permet à des sociétés étrangères de s’installer sur son territoire sans justifier des origines de leurs fonds? Comment peut-on exercer une activité commerciale en France sans que ne soit communiqués au centre national du registre du commerce les statuts de l’entreprise ni les noms des actionnaires et des membres du conseil d’administration?

Nulle part dans le monde on n’a vu une petite pharmacie de banlieue dans un pays englué dans une guerre civile depuis dix ans et où la population ne boit même pas à sa soif, donner naissance en si peu de temps à un consortium qui rivalise avec les plus grandes multinationales. Il est de notoriété publique que cet argent investi, plutôt blanchi, en France est le produit d’un hold-up commis en plein jour par les généraux qui gouvernent l’Algérie.

C’est l’argent de ces jeunes Algériens qui forment, aujourd’hui, de longues files devant les églises en France pour recevoir le colis alimentaire et devant les camions qui servent la soupe populaire. C’est l’argent des algériens qui forment de longues files d’attentes devant les consulats de France à Alger, à Annaba et à Oran pour décrocher un visa pour la France où ils préfèrent mener la vie d’un sans papier tout en gardant un brin d’espoir en l’avenir que de rester adossés aux murs sans aucun espoir en l’avenir. Cet argent dont profite Gérard Depardieu ce nouveau colon de type BCBG (voyages gratuits à bord de Khalifa Airways pour visiter ses coteaux à Tlemcen et 300.000 FF d’argent de poche pour assister au match Agérie-Olympique de Marseille) c’est l’argent d’un peuple dont le sous-sol recèle d’immenses richesses mais qui vit dans la misère la plus noire. C’est l’argent de milliers de travailleurs licenciés, dépossédés de leur outil de travail parce qu’on a vendu leurs usines pour 1 Dinar symbolique aux protégés des généraux. C’est l’argent des 12 millions d’Algériens qui vivent au-dessous du seuil tolérable de la pauvreté. C’est l’argent de ces milliers de jeunes qui l’ont payé de leurs souffrances, de leurs cris de douleurs et de leurs larmes en subissant ce qu’il y a de plus abjecte sur terre: la torture.

Ces Algériens ne demandent qu’à récupérer leur argent que dilapide, en France et ailleurs, ce richissime Khalifa sorti d’un chapeau surprise des généraux et qu‘il distribue à une jet-set repue et déconnectée de la planète terre.

Que la France patrie des droits de l’homme se taise sur des centaines d’Algériens tirés comme des pigeons en Kabylie et aux quatre coins de l’Algérie, pour avoir réclamé un peu de justice et un peu de démocratie, passe. Après tout ce ne sont que des algé...rien(s). Mais qu’elle joue au receleur et s’ouvre à toutes les extravagances des maffieux algériens, cela dépasse tout entendement. Après tout on va pas les laisser se partager le butin sans réagir.

Que la France patrie des droits de l’homme fait la sourde oreille aux pleurs et aux cris des milliers de mères, de pères et de sœurs de disparus passe. Après tout ce sont des affaires algéro-algériennes. Les calculs politiciens et les intérêts économiques sont plus forts que des slogans qu’on ne peut galvauder chez ces indigènes d’autrefois. Mais qu’elle participe à la dilapidation des deniers qui reviennent de droits à ces victimes de la tragédie commises par des généraux passibles d’un tribunal international pour crimes contre l’humanité, cela s’appelle complicité honteuse. En fermant les yeux sur pareilles violations des lois sur son propre territoire, le gouvernement français met la France au peu enviable rang de receleur. Il la rend coupable de recel.

Monsieur le Député-Maire, vous qui avez le sens de l’honneur de la France, je vous prie de demander au gouvernement de faire preuve d’un minimum de décence. Par respect au peuple français et aux idéaux qui lui ont été inculqués à travers les siècles. Quant à nos généraux, nous ne pouvons leur faire pareille demande. Il ne connaissent pas le sens du mot décence ni celui d‘honneur. Ils se comportent encore avec la mentalité coloniale des années cinquante. A ce sujet un célèbre avocat du barreau de Paris, ami de l’Algérie et l’un des nombreux français qui ont combattu pour l’indépendance de l’Algérie, dénote savamment cet atavisme en disant à ses amis algériens devenus tortionnaires que "la maladie des âmes se transmet par les fesses, en s'asseyant sur les chaises des colons et des militaires français. Vous avez acquis leurs modes de pensée, leur comportement ainsi que leur savoir-faire".

Croyant profondément en votre sincérité et aux principes qui vous animent, j’espère bien, Monsieur le Député-Maire, vous voir interpeller le représentant du gouvernement français sur cet épineux sujet.

Je vous prie de croire, Monsieur, en l’expression de mon profond respect.

Hichem Aboud

le 08 octobre 2002




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