Jusqu’à
la diffusion du documentaire “attentats de Paris: enquête
sur les commanditaires” diffusé par canal+ au début
du mois de novembre, je n’avais jamais pensé que le colonel
Mohamed Samraoui pouvait être l’un des responsables du
drame de l’Algérie.
L’ayant perdu de vue entre
1981 et 2001, (une rencontre fortuite de quelques minutes à la fin des années 80), je ne pouvais le soupçonner du moindre acte nuisible
à l’Algérie. J’avais gardé de lui
l’image de l’élève officier que j’avais
connu en 1979 à l’École de Formation des Officiers
de Réserve de Blida où nous avions suivi ensemble notre
instruction militaire comme tous les universitaires de notre génération.
En le retrouvant en juillet 2001, à aucun moment, il ne m’avait fait la moindre allusion
qu’il occupait un poste de responsabilité dans la hiérarchie
la plus élevée des services de sécurité.
A
mon grand étonnement, je le découvre dans le documentaire
de canal+, comme l’un des “vrais patrons de l’Algérie”
selon un “organigramme secret” et “longtemps
bras droit du patron des services secrets” par canal+. J‘ai
vite fait de l‘avertir, par émail, de la manipulation
dont il a fait l‘objet. Pour ma part, en figurant sur cet “organigramme
secret” alors que je n’avais aucune relation avec l’institution
militaire depuis 1990, je me suis senti diffamé et je n’ai
pas manqué de porter l’affaire en justice.
Après
quelques jours de silence, il me répond pour me dire qu’il
n’y avait rien de faux dans ce qui a été présenté
par C+. Il venait de confirmer sa position dans la chaîne de
commandement des commanditaires des crimes commis contre le peuple
algérien durant la dernière décennie. Je n’en
revenais pas. Mohamed Samraoui était le bras droit de l’un
des plus grands criminels de l’histoire contemporaine? Il me
le confirme à travers plusieurs émails. Il signe et
persiste.
En
quoi, alors, le colonel Samraoui dit Lahbib, s’estime-t-il agressé
par la phrase suivante: « des propos graves tenus par des
personnes qui ont pour seul souci de libérer leur conscience
des crimes commis contre le peuple algérien et dans lesquels
ils ont une part de responsabilité importante. Et ce, en s´attaquant
sans vergogne aucune à l´armée qu´ils ont
déserté une fois leurs privilèges remis en cause ».
Je
ne vois rien qui puisse le gêner dans une phrase pareille lorsqu’on
a été longtemps le bras droit de celui qui a organisé
les rafles, les arrestations, les déportations, les tortures,
les séquestrations, les disparitions et les exécutions
sommaires depuis 1992.
En quoi consistait la mission du colonel Samraoui
en tant qu’adjoint du général Smain si ce n’est
que de répercuter les ordres du chef sur les subalternes, veiller
sur le suivi et la bonne exécution des ordres donnés
par son chef?
Il était les yeux et les oreilles du général
Smain. C'est ça etre bras droit. C'est ça la fonction
d'un adjoint. A ce que je sache le général Smain ne
distribuait pas des bonbons aux milliers d'algériens qui ont
été arrêtés. Il ne les envoyait pas en
vacances aux Bahamas. Il les envoyait dans ces sinistres salles de
tortures dont les murs raisonnent des cris des victimes.
En quoi cette
phrase pourrait-elle gêner quelqu’un qui avoue avoir entendu
les cris de douleurs des torturés dans les caves de la caserne
de chateauneuf . Des cris qui ne l’ont pas fait réagir
sur le champ. « Malheureusement , la torture est pratiquée
systématiquement car elle sert de moyen d´extorsion d´informations
... Dix ans plus tard je préfère ne pas me remémorer
ces moments pénibles » me répond-il par écrit
.
Je laisse le soin aux lecteurs de juger ces propos qu’on croirait
sortis de la bouche du général Aussarès. Difficile
à croire? Ses aveux sont enregistrés sur 5 cassettes audio. L'enregistrement a été réalisé avec son consentement dans le but d'écrire un livre sur les activités des services de sécurité
et dans lequel il fait des aveux sur ses 23 années d'exercice
dans les services opérationnels de la Sécurité
Militaire (actuellement le DRS). Et ce avant qu'il ne soit pris en charge par François Gèze qui le recrute dans son orchestre composé d'éléments compromis les uns plus que les autres.
Si,
aujourd’hui, pour se dédouaner de sa participation dans
ces crimes, il témoigne devant les caméras de canal+,
je ne peux qualifier ce témoignage qu’une libération
de la conscience. On est donc, loin du débat crapoteux. S’il
y a confusion, elle est entretenue par celui qui était bourreau
hier et vient se mettre dix ans plus tard dans les rangs de ses anciennes
victimes. Sinon comment qualifier son témoignage a coté
de celui du capitaine Chouchène dans le même documentaire.
Au moment où l’un lisait les PV d’audition des
personnes arrêtées et veillait à ce que les arrestations
se poursuivent, l’autre était entre les mains des collègues
du colonel Samraoui subir les supplices de ce qu’il y a de plus
abject dans le traitement des hommes.
Aujourd’hui,
le colonel Samraoui reconnaît que l’armée est un
instrument entre les mains des généraux qu’ils
ont souillée. Enfin, il se réveille le colonel. Où
était-il de 1992 à 1996, durant ces années sombres
de l’histoire de l’Algérie ? N’avait-il pas
conscience qu’il servait d’instrument entre les mains
des généraux ou se prenait-il pour l’un des véritables
patrons de l’Algérie qui ont instrumentalisé cette
armée, comme nous l'ont présenté les auteurs
du documentaire de canal+? “Evidemment j‘étais
loin de me douter que tout cela était minutieusement planifié
par des généraux de l´ombre » m’écrit
-il récemment. C’est léger comme explication,
colonel !
Pour
ma part, dois-je lui rappeler que je n’ai pas attendu 2002 pour
dénoncer les exactions de l’armée . Je le renvoie
à la lecture de l’un de mes articles paru le 30 mars 1993
1993, sous le titre "Qui est responsable?"dans le quotidien El Acil que je dirigeais à Constantine
pour s’en rendre compte. Et si cela ne lui suffit pas, il peut lire un deuxième paru deux plus tard, soit le 1er avril 1993 sous le titre "Assainir l'armée" Deux articles qui m’ont valu une
convocation des services de la sécurité de l’armée
où une mise en garde me fut signifiée par ses collègues.
Le Colonel Samraoui ne peut pas faire de la surenchère avec moi en matière d'opposition à un régime qu'il a servi jusqu'à ce qu'il soit éjecté. Il n'a qu'à consulter mon palmarès riche de quatre condamnations à la prison pour délit d'opinion et de plusieurs convocation de police et de justice. Pendant ce temps, Monsieur samraoui organisait l'ouverture et la gestion des camps du sud comme il l'a reconnu devant les caméras de la chaîne El-Djazeera.
Pendant que son ami, Abderrahmane Meziane Cherif me suspendait mes journaux et m'envoyait devant la justice avec de graves accusations d 'atteinte à l'ordre public, à la sécurité publique et aux intérêts supérieurs du pays" le colonel Samraoui faisaient la chasse aux militants du FIS en Allemagne et organisait les conférences de Cheikh Mahfoud Nahnah qu'il recevait chez lui dans son propre domicile.
Le colonel Samraoui qui veut se faire passer pour une figure de proue de l'opposition feint d'oublier que parmi les membres de l'orchestre de François Gèze qu'il fréquente, il y a des gens qui ont en leur possession les dossiers des disparus qu'il a enlevés au temps où il dirigeait la caserne de chateauneuf avec le commissaire Issoul. Il ferait mieux de les aider à retrouver leurs proches ou leur indiquer l'endroit où ils ont été enterrés.
Et inutile de parler des abus qu'il qualifie pudiquement d'exactions qu'il justifie dans son dernier message qu’il m’a envoyé,
par l’absence “de lois ou de textes précis
qui limitaient notre champ d´action » .
Plus
loin, le colonel Samraoui écrit “Prétendre
que ceux qui ont déserté l´armée, l´ont
fait parce qu´il a été mis fin à leurs
privilèges c´est faire preuve de malhonnêteté
intellectuelle et de mauvaise foi flagrante ». Évidemment,
il s’est senti concerné par ce passage. D’abord,
il y a lieu de faire la distinction entre les officiers d’honneur
qui ont déserté les rangs de l’armée sans
s’être impliqués dans les crimes ordonnés
par les généraux et sans avoir bénéficié
d’un quelconque privilège. Et ceux dont la désertion
ressemble à celle de l’ancien bras droit du général
Smain?
Comment
le colonel Samraoui a-t-il déserté, dans quelle conditions
et pour quelle raison?
Il était en poste en Allemagne où il avait pour mission
de se renseigner sur les opposants islamistes réfugiés
dans ce pays et d’infiltrer leurs rangs. A partir de Bonn où
il résidait il coordonnait les activités des officiers
affectés au niveau des consultas d’Algérie en
Allemagne.
Il avait, aussi, pour mission de recevoir les agents du
DRS qui menaient compagne en faveur du régime des généraux
et de leur préparer des contacts avec les médias et
des officiels allemands . Citons parmi eux, les plus en vue: Cheikh
Mahfoud Nahnah et Ahmed Merani. Il était aussi le représentant
des services algériens auprès du BND (services de renseignements
allemands) pour coordonner les actions en commun contre les islamistes
algériens dont l’extradition de certains d’entre
eux était demandée par Alger. Ceci outre la réception
de son chef, le général Smain et autres généraux
dont Khaled Nezzar.
En
sa qualité d’attaché militaire et chef du bureau
de sécurité de l’ambassade, le colonel Samraoui
disposait d’une luxueuse résidence aux frais de l’État,
d’une belle voiture et d’un salaire que lui envieraient
beaucoup de cadres algériens marginalisés par le système
auquel il a fortement contribué pour sa mise en place. Le colonel
Samraoui avait, aussi, sous sa coupe les ambassades d'Algérie
en Tchéquie, en Pologne et en Suède. Eh! oui, c'est
ça etre un homme de confiance du régime.
Lorsqu’en
1996, il fait un rapport sur l’ambassadeur Mohamed Hannache
(c’est sa mission, les rapports et la délation) dont
la belle mère avait commis un vol à l’étalage,
il reçoit l’ordre d’Alger de rentrer au pays. Il
se déplace à Alger pour plaider sa cause et demander
un sursis le temps que ses enfants terminent leur année scolaire.
Ses chefs à Alger ne l’entendirent point. A son retour
en Allemagne il vit la pire des humiliations pour l’officier
dévoué qu‘il était: son salaire est suspendu,
sa ligne téléphonique est coupée, le chiffre
qu’il a l’habitude d’utiliser pour ses rapports
secrets, est mis hors service et un nouvel ordre lui est intimé
pour rentrer définitivement en Algérie.
A
ce moment là, craignant des représailles pour avoir
résisté à ses chefs en refusant d’exécuter
l’ordre de rentrer, il prend discrètement contact avec
un avocat allemand pour demander par son intermédiaire l’asile
politique. Au bout d’une semaine, les autorités allemandes
lui donnent satisfaction. Ayant économisé l’équivalent
de la somme de 350 .000 FF (soit 35 millions de centimes) il ouvre
un salon de thé pour subvenir à ses besoins. Une affaire
qui finit par capoter au bout de quelques mois, tant notre colonel
n’est pas habitué à travailler dur pour gagner
sa vie.
Entre la rédaction des rapports, le suivi de la bonne
exécution des ordres du général Smain et se lever
tot le matin pour s’approvisionner, faire sa comptabilité,
et accueillir la clientèle, il y a un fossé que le colonel
ne pouvait franchir.
Il
est impossible de comparer les conditions de la désertion du
colonel Samraoui à celle de ces officiers d’honneur qui
se sont trouvés sans le sou, sans papiers et livrés
à eux mêmes. Ni à mes conditions à moi.
Il
n’y a aucune malhonnêteté à dire que le
colonel Samraoui est de ceux qui ont déserté une fois
leurs privilèges mis en cause. Il n’a pas déserté
lorsque dix milles algériens ont été parqués
comme du bétail dans les camps du sud. Il n’a pas déserté
lorsqu’il voyait des centaines de jeunes embarqués et
emmenés dans les centres de torture qui étaient placés
sous ses ordres. Il ne l’a pas fait, non plus, lorsqu’il
entendait les cris de douleur des personnes torturés par ses
subalternes qui exécutaient les ordres du général
Smain qu‘il venait de répercuter en sa qualité
de bras droit. Il n’a pas déserté quand il entendait
dire son chef qu’il était prêt à tuer trois
millions d’Algériens. Il n’a pas déserté
lorsqu’il avait compris que l’assassinat de Boudiaf était
l’œuvre de ses chefs en assistant à la réunion
de Dély Brahim où le général Nezzar venait
s‘assurer du soutien des responsables du DRS.
Quand a-t-il déserté? C’est lorsque son
salaire lui a été coupé et il lui fit intimé
l’ordre de quitter l’Allemagne.
Quant
à l’assassinat de Rabah Kebir qui était préparé
par ses chefs, il ne s’est opposé timidement que par
crainte des poursuites que pourraient engager, à son encontre,
les autorités allemandes. Étant le représentant
officiel des services spéciaux algériens auprès
de leurs homologues allemands, le colonel Samraoui aurait été
la première personne a être arrêté si l’assassinat
avait eu lieu. N’a-t-il pas dit aux généraux Smain
et Attafi et au commandant Salah Karmit lors de la réunion
qui s’est déroulée dans une auberge et où
il fut question de passer à l’action. « Ici,
vous n’êtes pas en France où vous pouvez compter
sur vos amis. Les allemands risquent de nous poser problème ». Ces paroles, le colonel Samraoui ne saura les renier du moment
qu’il avait consenti d’enregistrer sur cinq bandes sonores
ses mémoires d’officier de la sécurité
militaire. Des bandes sonores qui sont en ma possession.
Pour
donner crédit à son assertion, selon laquelle il aurait
présenté sa demande de radiation à quatre reprises
entre 1990 et 1996, l’ancien bras droit du général
Smain veut me prendre à témoin en écrivant « Vous le savez bien, de décembre 1990 à février
1996 quatre demandes de radiation ont été formulées
au DRS sans succès ». Comment pouvais-je le savoir
alors que durant toute cette période je n’avais pas la
moindre de ses nouvelles. Il est bien placé pour savoir que
depuis 1990, je n’ai plus eu la moindre relation ni avec lui
ni avec les services de sécurité si ce n’est que
j’ai été convoqué une fois en avril 1993
pour recevoir des menaces et une autre fois enlevé devant les
locaux de la maison de la presse de Constantine pour me retrouver
dans les locaux du Centre de Recherches et d’Investigations
de la 5ème région militaire que dirigeait un de ses
subalternes le commandant Karim qui m’avait fait signer un engagement
de ne plus m’adonner aux activité terroristes. Comme
si j’étais terroriste, alors que j’étais
arrêté pour mes écrits journalistiques. Je ne
fus relâché qu’après avoir reçu la
menace suivante « la prochaine fois ça sera une balle
dans la tête et la liste du GIA est toujours ouverte ».
Comment
veut-il que je témoigne qu’il a demandé sa radiation
alors qu’il était l’un des patrons de l’Algérie
et se pavanait en Allemagne aux frais du peuple qui souffrait la misère
et la répression?
Je
n’ai jamais prétendu être l’ami du colonel
Samraoui . Certes, en le retrouvant en juillet 2001 dans un pitoyable
état avec un moral, bien bas, j’ai offert mon amitié
à celui que je croyais innocent et dont j’ai gardé
l’image de l’élève officier qu’il
était durant les neuf mois d’instruction à l’École
de Formation des Officiers de Réserve de Blida.
D'ailleurs,
à l'issue de cette période, on s’était
séparés. Lui, il a été affecté
à la direction de la sécurité militaire et moi
au commissariat politique où j’ai eu à diriger
la revue El Djeich. En tout et pour tout nos relations se résument
à trois rencontres entre 1979 et 2001. Deux fois à Skikda
où je rendais visite à mes parents qui y habitaient,
alors qu’il était officier de sécurité
de la brigade des troupes aéroportées et une fois en
1989 alors qu’il venait d’être affecté comme
chef du bureau de la sécurité militaire de Tipaza. Même
durant les trois années et demi où j’ai servi
à la direction de la sécurité militaire nous
ne nous sommes jamais croisés. Alors que j’étais
considéré comme personnel administratif, le colonel
Samraoui était dans l’opérationnel.
Quant
aux amis, je les recrutais parmi mes voisins, de simples citoyens
à la cité DNC de Réghaia, des footballeurs issus
des couches populaires, quelques artistes, des ouled El Houma à
Bab El Oued, de simples citoyens de Skikda, Oum El Bouaghi, Annaba,
Sétif, Oran et Constantine. Des gens qui n’avaient ni
grade ni fonction. Notre amitié était désintéressée.
Je
ne compte pas un seul ami du rang de ceux du colonel Samraoui. Sur
la chaîne El Djazira lors de son unique apparition publique,
il nous apprend qu’il avait pour ami, le frère du président
Chadli, le colonel Abdelmalek Bendjedid.
Au cours de nos dernières
rencontres, il m’apprend qu’il compte parmi ses amis,
le général Cheloufi, le colonel Mohamed Tahar Mameri
l’ancien patron de la protection civile et actuellement consul,
Karim Benyounes l’actuel président de l’APN, Meziane
Cherif Abderrahmane, l'ancien ministre de l'intérieur et tant
d’autres de ceux qui se sont sucrés sur le dos du peuple
et qui ont gravité autour du cercle mafieux qui gouverne l’Algérie.
Pour rappel, l'un des amis du colonel, en l'occurrence Meziane Cherif,
alors qu'il était ministre de l'intérieur et flic numéro
un du pays, est de ceux qui m'ont sauvagement réprimé.
Il a signé un en date du 12 novembre 1994, un arrêté
ministériel portant suspension de l'hebdomadaire Le Libre et
m'accusant de "provoquer des troubles à l'ordre public
et à la sécurité publique" en plus
de l'accusation de "l'atteinte aux intérêts
supérieurs de l'État" En somme, ses amis il
les recrute parmi ceux qui ont servi et servent encore le régime
qu’il vilipende aujourd’hui. Certains d'entre eux m'ont
réprimé.
Je n’ai jamais pris de photos souvenirs avec les généraux
smain et Nezzar dans les capitales occidentales comme il l’a
fait et il s’amuse aujourd’hui à les exhiber sur
les chaines de télévision pour nous dire combien il
était important. Je n'ai jamais fait des courses pour Smain
et lui payer des costumes d'une valeur de plus de 1000 Euros ni 12
flacons de parfum de grande marque d'un seul coup.La différence
entre le colonel Samraoui et moi est énorme.
Plus loin, le colonel Samraoui se reconnaît comme majordome
du général Khaled Nezzar. Une fonction qu’il s’évertue
de réfuter. Faut-il lui rafraîchir la mémoire
en lui demandant quel rôle jouait-il en accompagnant le général
Khaled Nezzar en Tchéquie durant une quinzaine de jours? Lorsque
je lui avais posé la question, au mois de juin dernier, il
me répondit tout bonnement « le général
était en convalescence après avoir subi une intervention
chirurgicale. Je lui tenais compagnie et l’assister car il était
souffrant. Il était pratiquement tout le temps sous la morphine.
Il lui arrivait même de ne pas me reconnaître. »
Si ce n’était pas servir son général comment
qualifie-t-on cette assistance. S’il n’était pas
le majordome du général Nezzar, il était, alors,son
assistante sociale.
Le
passé du colonel Samraoui est riche en actions honteuses pour
que j’aille lui inventer d’autres ou le calomnier. S’il
considère le rappel de son passé comme calomnies, ce
n’est nullement de ma faute s’il a accepté de jouer
les plus mauvais rôles dans l’histoire de l’Algérie.
Lorsqu’on
a été le bras droit du général Smain au
moment de la création du GIA on ne peut pas clamer une quelconque
innocence. Le
colonel Samraoui m’a avoué qu’il a été
témoin de la création du GIA. Il le confirme en écrivant
aujourd'hui:"je
tiens à confirmer devant Dieu et devant les hommes que le GIA
a bel et bien été crée par les services spéciaux
algériens et j´en suis témoin". Personne
ne met en doute la parole du colonel. Surtout pas moi à qui
il avait raconté quelques détails. Si je ne l'avais
pas cru, je n'en aurai jamais évoqué ce sujet dans "La
Mafia des Généraux"
Comment
le colonel Samraoui a-t-il été témoin?
Il
raconte que cela se passait dans un bureau qu’il partageait
avec le commandant Guettouchi et le capitaine
Djaafer. Les deux exécutants de l’opération. Une
version qu’il confirme sur la chaîne El-djazira . A y
réfléchir, l’adjoint du général
Smain dispose d’un bureau à lui seul. Il ne le partage
pas avec un commandant et un capitaine subalternes. Même si
je n’ai passé que trois ans et demi dans les services
de sécurité et même si je n’ai pas exercé
dans les services opérationnels et même si je n’ai
reçu aucune formation en matière de renseignements,
je sais qu’il y a une règle d’or dans les services
de sécurité. C’est le cloisonnement.
Si le colonel
Samraoui n’était pas impliqué dans la création
du GIA, un projet qui nécessite une très grande discrétion
il n’aurait jamais assisté à la rédaction
des tracts ni à la conception du monstre. D’ailleurs,
il connaît tellement de choses sur le GIA qu’il compte
écrire un livre dont l’esquisse a été remise
à un éditeur en qui il croit trouver le protecteur rêvé.
Et puis, quand on est le bras droit du grand patron des affaires scabreuses
on ne peut être mis à l’écart des grandes
manœuvres.
Donc, les crimes commis par le GIA, il doit les assumer
quelque part. A supposer qu’il était étranger
à la création de ce monstre. Il avoue qu’il était
témoin de sa création. A ce titre, ne pouvait-il pas
se désengager et se laver les mains? Il n'avait pas le courage
de le faire quand il était en Algérie? Pourquoi n'a-t-il
pas déserté dès son arrivée en Allemagne
et dénoncer cette monstruosité à l'opinion publique
nationale et à la communauté internationale? Pourquoi
s'est-il tu durant toutes ces années, de 1992 à 1996
alors qu'il était témoin de la création du GIA.
Pourquoi a-t-il laissé ce monstre poursuivre ses crimes? A
ces questions viendra le jour où il répondra aux cotés
de ses anciens chefs.
Lui
qui reconnaît son implication directe dans l’arrêt
du processus électoral en allant contacter Nahnah et d’autres
chefs de partis politiques, ne se sent-il pas responsable du bain
de sang dans lequel a été plongé le pays? Il
a bien été de ceux qui ont faussé le jeu de la
démocratie en manipulant des partis politiques microscopiques.
Il a bien été derrière la manipulation de Ali
Belhadj par le commandant Guettouuchi qu’il me raconte hilare
il n’y a pas longtemps.
En
un mot comme en mille, quand on était l’adjoint du général
Smain, c’était à dire le numéro deux de
la direction du contre espionnage qui s’était chargée
exclusivement de l’exécution du plan le plus diabolique
des généraux mafieux, il ne peut que partager la responsabilité
de tous les crimes commis durant la période 1992 à 1996.
En
23 ans d’activités au service de la Sécurité
Militaire, il n’a fait que manipuler, infiltrer, arrêter
et réprimer les milieux de l’opposition. Ses actions
sont bien enregistrées sur cinq bandes magnétiques et
une cinquantaine de pages rédigées de sa main.
Pour
finir, je rappelle au colonel Samraoui dit Lahbib qu’il y a
une grande différence entre nous deux.
Durant
les trois ans et demi où j’ai exercé dans les
services de sécurité je n’avais pas besoin d’user
d’un pseudonyme. J’étais toujours connu sous mon
véritable nom Hichem Aboud.
Je
le mets au défi devant l'opinion publique, lui qui a évolué
au plus haut niveau de la hiérarchie de la sécurité
militaire de me sortir en public une seule action qui pourrait me
compromettre. Ne serait-ce qu'en guise de réponse à
ces révélations que je viens de faire à son sujet.
Il sait mieux que quiconque que je suis blanc comme neige.
Ce
qui est loin d'etre son cas. Durant 23 ans d’exercice il s’est
toujours caché sous le pseudo de Lahib. Pas besoin d’être
grand clerc ou de sortir des écoles de renseignements pour
comprendre la nécessité d’user d’un pseudonyme.
Je comprends, maintenant, le silence qu’il s’est imposé
durant cinq années après sa désertion. Et il
m’a fallu du temps et des arguments pour le sortir de son mutisme
et de sa clandestinité. Lorsque je l’ai rencontré
en juillet 2001, il me disait qu’il se contentait de mener une
vie paisible et loin du tumulte de la politique.
Lui
qui, pour se dédouaner, cherche à me coller l’étiquette
d’agent du DRS, il est bon de lui rappeler qu’il est très
mal placé pour le faire. Depuis que j’ai quitté
officiellement l’armée je n’ai pas cessé
de dénoncer cette mafia avec laquelle il s’acoquinait.
Au moment où je traînais devant les tribunaux des différentes
villes algériennes et récoltais les condamnations à
la prison, le colonel Samraoui veillait sur la survie du régime
honni. Lorsque je subissais les garde à vue, les interpellations
et les contrôles judiciaires, lui, il se pavanait à Bonn
en compagnie de son chef le général Smain et faisait
le majordome de Nezzar.
Depuis
1996, en quoi notre colonel a-t-il égratigné ces généraux.
Quelle action a-t-il menée contre eux? En tout et pour tout,
une intervention sur la chaîne El Djazira en juillet 2001. Quant
à son témoignage contre le général Nezzar
dans le procès qui a opposé le bourreau du peuple algérien
à Habib Souaidia, je dois avouer que le colonel Samraoui dit
Lahbib m’a grandement étonné.
Lorsque je lui ai
demandé pourquoi n’a-t-il pas évoqué la
réunion de Dély Brahim qui a suivi l’assassinat
du président Boudiaf, la manipulation des partis politiques
à laquelle il avait participé, ce que lui avait dit
Nezzar lors de son séjour en Tchéquie sur les véritables
desseins des généraux, Samraoui n’a pas trouvé
mieux à dire que « il m’a fait de la peine le pauvre.
J’ai eu pitié de lui ». Et dire que Nezzar n’a
pas eu pitié de tout un peuple voué à la misère,
aux larmes et au sang.
Quant
à me reprocher de rouler en solo, eh bien je suis fier de ne
pas me mettre sous la coupe des commerçants du sang des Algériens.
Je peux lui répondre aisément à sa question "pour
qui roulez-vous M. L'opposant solitaire?" Je roule pour l'Algérie
rien que pour l'Algérie. Ni pour les cercles occultes dont
les principaux animateurs n’arrivent pas à se départir
de leur mentalité coloniale et qui veulent s'ériger
en tuteurs des opposants, ni pour ceux qui font du drame algérien
leur fond de commerce.
J’aurai
bien aimé éviter d’étaler le linge sale
de ce colonel du moment qu’un livre entretien est à paraître
dans les prochains mois et qui laissera l’opinion publique juger
en toute sérénité. Il agit sous l’instigation
de ses nouveaux protecteurs. Tant pis pour lui. Je n’ai fait
que lui répondre. Quant à la polémique elle ne
peut avoir lieu avec un interlocuteur qui a servi de bras droit à
l'un des généraux dont les mains ruissellent de sang.
De toutes évidence, le bras droit ne pouvait rester propre.
Si Mohamed Samraoui était propre il n'aurait jamais connu deux promotions exceptionnelles successives pour services rendus.
Voyons comment le colonel Samraoui est arrivé au grade de colonel avant tous ses camarades de promotion:
1978- Il est nommé au grade de lieutenant pour son titre d'ingénieur comme l'ont été tous les universitaires qui se sont engagés dans l'armée avec un bac +4.
L'année 1978/79 soit la première année au grade est considérée comme temporaire pour tous les universitaires. Durant cette période, Samraoui suivait son instruction militaire à l'Ecole de Formation des Officiers de Réserve de Blida, à la 11ème compagnie, 3ème section.
1986- Il est promu au garde de capitaine. Il a eu une promotion normale pour avoir été un bon élément. Contrairement à moi qui n'ai obtenu ma promotion au garde de capitaine qu’en juillet 1988. Soit 2 ans de retard pour avoir refusé de servir durant deux années (de avril 1985 à mai 1987) en restant chez moi et en collaborant comme journaliste sportif à l'hebdomadaire El-Hadef sous le pseudonyme de S. Amine (mes écrits l'attestent).
1991- Il est promu au grade de commandant. Une promotion régulière après cinq années au grade de capitaine.
Pour passer de commandant à colonel il devait attendre 2001. Soit dix années partagées en 2. Cinq années au garde de commandant et cinq années au garde de lieutenant-colonel.
Comment se fait-il que Mohamed Samraoui soit promu au grade de colonel en 1995? Il a obtenu, donc, une promotion exceptionnelle pour passer lieutenant-colonel et une autre pour passer colonel. A quelle période a-t-il obtenu ces promotions exceptionnelles? Durant la période sanglante qui a vu la disparition de 10.000 algériens enlevés par les services qu'il disait avoir dirigés en tant qu'adjoint du général Smaïn.
Le colonel Samraoui a bénéficié de deux promotions exceptionnelles au prix de la vie et de la liberté de milliers d'Algériens tués, emprisonnés ou enlevés et exécutés. C'est ce qui explique le silence qu'il a observé de 1996 date de sa désertion 2001 date de son apparition sur la chaîne Al-Djazeera. D'ailleurs, hormis ce passage on ne lui connaît pas d'autre action médiatique et hormis son livre "chronique des années de sang" qui a été un bide pour n'avoir pas voulu assurer la promotion en allant au-devant du public, on ne lui connaît rien comme activité en tant qu'opposant.
Hichem
Aboud
le 20 novembre 2002